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Calamity Jazz à la Cave Poésie !

"CALAMITY JAZZ : DU BONHEUR ET RIEN D'AUTRE....
Même par temps de pluie ou de grand vent le soleil brille toujours autour d¹eux. Mise en place impeccable, rigueur des collectives, arrangements précis propres à mettre en valeur des solistes inspirés, choix des bons tempos, swing constant : Suzanne « Calamity » BARTHÈS et ses hommes ( Gilbert "Philo" BAQUÉ au trombone, Daniel GAY au cornet, Paul CHÉRON aux anches, Patrice CECCON au banjo et Gérard "Gégène" GERVOIS au tuba) servent la cause du jazz avec fraîcheur, enthousiasme, et une indispensable dose
d¹humour...."



 Calamity Jazz à la Cave Poésie !

Cave Poésie René-Gouzenne

 

CALAMITY JAZZ - La courtoisie du swing

 

 

C'est un sextet, un vrai, le sextet New Orleans dans sa vérité première, pour ainsi dire mainstream : cinq garçons, une fille, avec d'un côté un trombone à la coulisse aisée, un cornet éclatant, un sax ténor pratiquant l'échangisme instrumental avec une clarinette consentante ; de l'autre les abysses sonores d'un tuba, les cliquètements secs du washboard et les gratouillis frénétiques d'un banjo pour la rythmique ; tous en gilets assortis et chaussures bien cirées, bicolores au besoin. Un sextet amoureux du swing des origines, celui qui chauffait du cuivre et mettait des fourmis plein les pattes dans les années vingt et trente. Un sextet de bambins à cheveux blancs dont les âges cumulés doivent bien dépasser les trois siècles et demi – bah, à une âme bien née, la valeur se fout complètement du nombre des années. Un sextet, enfin, qui vient fêter ses vingt ans d'âge à la Cave Poésie : Calamity Jazz.

 

"Un, deux, trois... – Attends, attends !"

 

Du swing, donc, mais d'abord du blues, dûment identifié comme le seront tous les morceaux suivants : l'un, d'abord, de Joe "King" Oliver (1885-1938, tout ça ne nous rajeunit pas), King avec qui travaillera Lillian Hardin dite Lil, deuxième épouse du grand Louis (Armstrong, qui d'autre ?) et à qui l'on doit le Melancholy Blues qui suit aussitôt sur une attaque concertée en vagues successives des trois cuivres principaux. Et blues encore avec le magique Savoy Blues d'Edward "Kid" Ory – "c'est en fa, en fa majeur", asticote l'un – tout grognant de raucités trombonesques avec lesquelles contraste la voix claire du cornet soutenu par les souffles plus secs du saxophone. Délicieux.

La suite ne l'est pas moins, et bien plus enlevée encore : une sombre histoire (traduite) de petite Zoé aux tonalités franchement goguenardes, un "truc périlleux" en tim di dim tam dada (c'est Paul Chéron, le sax, qui le dit) piqué à Henry "Red" Allen Jr et intitulé Saratoga Shunt, un Cushion Foot Stomp (Clarence Williams) trop glissant pour être honnête mais orné d'une belle partie de tuba, et le Everybody Loves My Baby but My Baby Don't Love Nobody but Me de Spencer Williams. Il y aura même l'histoire d'une dame volage, d'un jeune homme entreprenant, d'un mari jaloux et d'une foule de badauds, chacun incarné par un instrument dans un délectable You Long for Me espièglement traduit en "Vous êtes long pour moi". Fichtre.

Quoi encore ? Un châle espagnol tout chamarré de couleurs aux joyeux soli de banjo et washboard (Spanish Shawl, euh... Richard M. Jones ?). Une Sweet Emeline devenue "Douce Emmanuelle" – nous passerons sur les jeux de mots de l'inénarrable Paul Chéron. Candy Lips (Clarence Williams encore, avec l'aide de Mike Jackson et Jack Lauria). Je les rends fous, composition maison. Et Joyeux anniversaire, mais là c'était le public qui chantait.

 

"Vous avez tous reconnu l'allégresse ?"

 

Ce serait un jazz en voie de disparition, dixit Paul Chéron (encore lui) au bar après le concert, faute de jeunots pour le jouer encore, plus attirés qu'ils sont, ces excités, par les folies improvisatoires du free jazz et la mode du métissage tous azimuts. De fait, l'assistance était aussi claire de cheveu qu'en nombre, ce soir-là – et c'est fort dommage s'il faut en croire les pieds gigotant, trémoussements et shakes des plus et des moins jeunes. Assis, tous, puisqu'on a aussi oublié que ce jazz-là était d'abord dansant. O tempora, o mores, tout f... le camp ma bonne dame. Comme toujours...

On n'en reprochera rien à Calamity Jazz, dont la courtoisie presque désuète ne le cède jamais à un humour de gamins qui trouve à s'exprimer en adresses piquantes, commentaires facétieux, saluts inopinés et traductions à la limite du pastiche. Ce ne sont que "à toi, à moi", effacements polis du premier soliste au profit du second et du second pour le troisième, unissons calés au micropoil de temps près et contrôlés d'un coup d'oeil en coin sous le regard joyeux, mais impérieux, de Suzanne "Calamity" Barthès, Mme Washboard en personne.

Le plaisir qu'ils y prennent est plus que sensible : évident, et vite contagieux tant ces six-là s'amusent avec une rigueur musicale qu'on oublierait presque sous la facilité du jeu et les plaisanteries. Solistes impeccables, rythmique solidissime, collectifs respectueux au possible de tous et de chacun, que dire ? Du nanan. On n'en regrettera – fugacement et sans y revenir – que l'absence de ces folles échappées qui sont le vrai bonheur du solo et, malgré quelques sorties, la présence trop discrète du banjo, cet instrument devenu rare et dont la sonorité inimitable envoie l'auditeur patauger illico dans le bayou.

...Où l'on reprend conscience (sans plus de surprise que ça) de tout ce que la musique d'après-guerre, rock compris, doit au balancement de ce swing aussi irrésistible que courtois. Délectable.

Jacques-Olivier Badia

  2 juin 2010


 Calamity Jazz à la Cave Poésie !
Suzanne "Calamity" Barthès

05 61 40 40 83
/ 06 79 65 25 53
sbarthes@libertysurf.fr


Consultez le site :
http://www.calamity-jazz.com

Samedi 12 Juin 2010
Jean-Jacques Guillaut